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AI Act et association : êtes-vous prêts pour l’été 2026 ?

L'AI Act arrive. Votre asso est-elle prête ? Un personnage féminin aux cheveux violets montre sur un tableau blanc le sigle IA. Autour d'elle des logos de l'UE, de la sécurité, d'une checklist. Image générée par IA

Vous avez sûrement entendu parler de la facturation électronique. Votre expert-comptable vous en a parlé. Votre banque aussi. Les webinaires sur le sujet se multiplient. Tout le monde s’y prépare. Mais qui vous a parlé de l’AI Act ? Même calendrier – été 2026. Même logique – une obligation européenne qui concerne aussi les associations. Et pourtant : silence radio. Pendant ce temps, dans votre association, les choses bougent. Vos bénévoles utilisent ChatGPT pour rédiger des comptes-rendus. La secrétaire utilise les notes IA pour les réunions du bureau. Votre chargé·e de com’ crée des visuels avec Canva Magic. Vos formulaires d’inscription collectent des données personnelles. Vous êtes concerné·es. Et il est temps d’en parler. Sommaire L’AI Act pour les Nuls L’AI Act (Règlement européen sur l’intelligence artificielle) est le premier cadre juridique au monde dédié à l’IA. Adopté en 2024, il entre en application progressivement : Depuis février 2025 : les pratiques d’IA interdites (notation des citoyens à la chinoise, manipulation…) sont bannies Depuis août 2025 : les règles sur les modèles d’IA à usage général (comme ChatGPT) s’appliquent 2 août 2026 : les obligations de transparence entrent en vigueur – c’est cette échéance qui vous concerne Août 2027 : dernières dispositions pour les systèmes IA intégrés dans des produits réglementés Le règlement classe les systèmes d’IA en 4 niveaux de risque : Inacceptable : interdit (notation des citoyens à la chinoise, manipulation subliminale) Élevé : encadré strictement (tri de CV, décisions de justice) Limité : obligations de transparence (chatbots, génération de contenu) Minimal : pas d’obligation spécifique (filtres anti-spam, correcteurs) Bonne nouvelle : la plupart des usages associatifs relèvent du risque limité ou minimal. Mais « limité » ne veut pas dire « aucune action à faire ». Le sujet dont personne ne parle La facturation électronique a son calendrier, ses prestataires, ses guides pratiques, ses webinaires. Normal : tout le monde est concerné, les obligations sont claires et les outils sont prêts. L’AI Act ? Quasi aucune communication vers le secteur associatif. Et pourtant, l’échéance est la même : été 2026. La différence, c’est que la facturation électronique est un sujet identifié. On sait qu’on doit s’y préparer. L’IA, en revanche, s’est installée dans nos pratiques sans qu’on s’en rende compte. Qui a validé l’utilisation de ChatGPT (ou de Claude, ou de Mistral…) dans votre asso ? Qui a vérifié que les données saisies dans l’outil sont protégées par des lois européennes et non sous le coup des lois américaines ? Qui a informé vos adhérent·es que le compte-rendu qu’ils reçoivent a été entièrement généré par une IA ? Personne, probablement. Parce qu’on n’a pas vu que ce pouvait être un problème.  Ce que l’AI Act vous demande concrètement Pour la grande majorité des associations, les obligations se résument à un mot : transparence. Dites-le si : votre affiche a été générée par une IA vos comptes-rendus sont rédigés entièrement par une IA vous utilisez l’IA pour prendre des notes en réunion vous utilisez un chatbot sur votre site L’IA est un nouvel outil. Ne pas l’utiliser serait perdre du temps. On ne triche pas quand on utilise l’IA mais il convient de dire quand on l’utilise. En résumé : pour la plupart d’entre vous, il s’agit d’être honnête sur ce qui est produit par une machine. Ce n’est pas la mer à boire, quelques mots à ajouter : « image générée par IA ». Et pendant qu’on y est : votre RGPD, il en est où ? C’est la question qui fâche. Parce que l’AI Act dans votre association sans le RGPD, c’est la charrue avant les bœufs. Le RGPD est en vigueur depuis 2018. Huit ans. Et dans mes accompagnements, je constate que la majorité des petites associations n’ont toujours pas : de registre de traitement des données (c’est obligatoire dès que vous collectez des données personnelles – et oui, un simple formulaire d’adhésion suffit) de mentions légales conformes sur leurs formulaires d’inscription de politique de conservation des données (combien de temps gardez-vous les coordonnées d’un ancien adhérent ?) de base légale identifiée pour chaque traitement Avec l’arrivée de l’AI Act, c’est l’occasion de tout remettre à plat. AI Act en association : la check-list « pas de panique »  Voici comment préparer votre association à l’AI Act en 7 points :  a) Lister les outils IA utilisés dans l’association Même et surtout les gratuits. Ceux utilisés par les bénévoles, les alternantes, les salariées, les membres de la gouvernance. Au local comme à domicile. ChatGPT, Canva Magic, les notes IA de votre outil de visio, le correcteur intelligent de votre traitement de texte… Tout compte. b) Vérifier où partent les données Quand vous collez le PV de votre dernière AG dans ChatGPT, où vont ces données ? Sur quel serveur ? Dans quel pays ? Avec quelles garanties ? c) Vérifier et mettre à jour (ou créer) votre registre de traitement La CNIL propose des modèles simples et gratuits. C’est le socle de toute conformité. d) Ajouter une mention « contenu généré par IA » Là où c’est le cas : sur votre site, dans vos communications, dans vos documents. e) En parler au Conseil d’Administration Car cela relève de leur responsabilité. L’utilisation de l’IA dans l’association est une décision de gouvernance, pas un choix individuel. f) Désigner un·e référent·e données / IA Une personne identifiée qui suit le sujet. Pas besoin d’une expertise extérieure mais quelqu’un en interne qui connaisse le sujet et qui s’occupe de la conformité et du suivi. g) Rédiger une charte d’usage de l’IA dans l’association Même minimaliste, même sur une page. Le fait de poser des règles par écrit change tout. En quoi l’AI Act est une bonne nouvelle pour les associations Je sais, dit comme ça, on dirait une réglementation obligatoire de plus à ajouter à la liste déjà interminable. Mais en prenant du recul, on voit mieux l’ensemble. Une association qui se pose la question de ses outils IA, c’est une association qui clarifie ses process. Qui définit qui fait quoi. Qui se demande quelles données elle … Lire la suite

LinkedIn en association : la page pro ne suffit pas

LibkedIn pour les associations : la page ne suffit pas. Un personnage féminin aux cheveux violets devant un écran géant avec une page LinkedIn et à la main un portable. Image générée par IA

En avril 2024, j’ai publié un article intitulé Comment être visible sur Internet — Ep. 1 : la page Pro LinkedIn. J’y défendais une idée simple : LinkedIn est un moteur de recherche, l’ESS y a toute sa place et créer une page professionnelle pour votre association est un socle de crédibilité incontournable. Deux ans plus tard, ma vision a évolué. Pas sur le fond. Sur ce qui fait vraiment la différence. Sommaire Ce qui tient toujours Tout ce que j’écrivais en 2024 reste vrai. LinkedIn fonctionne comme un moteur de recherche : quand quelqu’un tape le nom de votre association, votre page pro apparaît. Elle pose un cadre, une identité, un premier contact professionnel. L’ESS y est légitime – vos bénévoles, vos partenaires, vos anciens adhérents sont déjà sur la plateforme. Et la page pro reste un socle utile. Mais un socle, par définition, ne bouge pas. Ce que mes stats m’ont appris (et qui ne m’a pas vraiment fait exulter de joie) Depuis dix-huit mois, je publie chaque semaine cinq fois par semaine sur LinkedIn. C’est un rythme soutenu et j’ai accumulé assez de données pour que les chiffres racontent quelque chose. Voici ce qu’ils racontent. Mes posts d’expertise associative – ceux où je partage une méthode, un outil, un conseil concret de structuration – plafonnent. Régulièrement. Autour de 200 à 260 impressions. Ce ne sont pas de mauvais posts. Ils sont utiles, documentés, travaillés. Mais LinkedIn ne les pousse pas. En face, mes posts incarnés racontent une autre histoire. Le retour de conférence sur les femmes et l’IA : 10 547 impressions. La Nuit des Relais pour les femmes victimes de violences : plus de 600. Les posts où je prends position, où je raconte ce que j’ai vu, entendu, ressenti – ceux-là dépassent systématiquement les 400 impressions et parfois beaucoup plus. Le contraste le plus cruel ? Un post d’expertise sur la cooptation en conseil d’administration : 263 impressions. Un sujet pourtant central dans la vie associative. Quarante fois moins que le post sur la conférence d’Isabelle Collet. Quarante fois. Ce n’est pas un problème de qualité. C’est un problème de terrain. LinkedIn n’est pas un canal d’expertise associative. C’est un canal d’incarnation de causes. Et ça, je ne l’avais pas écrit en 2024. Ce que ça change pour la page LinkedIn de votre association Si votre page associative publie quatre fois par an un bilan d’activité, un appel à bénévoles et un visuel pour la journée mondiale de quelque chose, elle reste invisible. Pas parce que vous faites mal. Parce que ce type de contenu ne déclenche rien dans l’algorithme de LinkedIn. Pas d’émotion, pas de partage, pas de commentaire, pas de diffusion. La page est une vitrine. Elle existe, elle est propre, elle dit qui vous êtes. Mais personne ne s’arrête devant une vitrine éteinte. Ce qui attire, c’est la voix. Une personne qui parle depuis son expérience, qui défend une conviction, qui raconte un moment vécu. C’est cette voix humaine incarnée qui porte la visibilité d’une cause associative sur LinkedIn. La page est un socle. La voix est un moteur. La vraie question : qui porte la voix de votre asso ? Et c’est là que ça se complique. Parce que la question n’est plus technique. Elle est politique, au sens de la gouvernance. Qui, dans votre association, est autorisé à prendre la parole publiquement ? La directrice ? Le président ? Une bénévole particulièrement investie ? Et quand cette personne publie sur LinkedIn à titre personnel, parle-t-elle au nom de l’association ou en son nom propre ? Que fait-on quand une administratrice porte publiquement une conviction qui n’engage qu’elle, mais que tout le monde associe à votre structure ? Ces questions sont rarement posées dans les associations. Elles sont encore plus rarement tranchées. Et pourtant, c’est exactement le point de bascule entre une association invisible sur LinkedIn et une association qui existe dans le débat. La réponse n’est pas une charte de communication de quinze pages. C’est un cadre léger – trois phrases suffisent parfois – qui dit : voilà les sujets qui engagent l’association, voilà ceux qui relèvent de la parole personnelle. Et ce cadre libère au lieu de contrôler. Quelques pistes, si votre association se décide pour LinkedIn Je ne vais pas vous donner une checklist. Vous en trouverez cinquante sur Google et elles se ressemblent toutes. Ce que je peux partager, c’est ce que j’observe sur le terrain. Identifiez une ou deux personnes ressources Pas toute l’équipe. Pas un planning de publication collectif. Une ou deux personnes dans votre écosystème – salariées, bénévoles, administratrices – qui ont envie de s’exprimer et qui sont à l’aise avec l’exercice. Autorisez-les explicitement Le plus grand frein à la prise de parole dans les associations, ce n’est pas le manque d’idées. C’est la peur de mal faire, de ne pas être légitime, de dire quelque chose qui dépasse le mandat. Une autorisation claire lève cette inhibition. Laissez-leur les coudées franches et ne demandez pas à relire avant publication ! Posez le périmètre, pas le ton Vous ne contrôlerez jamais la façon dont quelqu’un s’exprime. Et c’est tant mieux – c’est justement l’authenticité qui porte. En revanche, vous pouvez distinguer ce qui relève de l’engagement collectif et ce qui reste personnel. Acceptez que ce ne soit pas parfait Un post authentique avec une coquille et une photo floue aura toujours plus d’impact qu’un visuel propre sur lui et un texte relu six fois par trois personnes différentes… et publié trois mois trop tard. Et si personne ne veut prendre la parole ? Alors LinkedIn n’est peut-être pas votre canal. Et ce n’est pas grave. Toutes les associations n’ont pas besoin d’être visibles sur LinkedIn. Si votre communauté est ailleurs – sur le terrain, dans les quartiers, sur WhatsApp, dans d’autres réseaux sociaux ou locaux – c’est là que votre énergie doit aller. Pas dans un canal qui ne correspond ni à vos publics ni à vos ressources. Et ni à votre envie. Le … Lire la suite

Adhésions : le chiffre qu’on ne regarde jamais (et ce qu’il dit de votre projet)

Un personnage féminin assis à une table de réunion vide faisant le compte des adhésions. Image générée par IA

Le jour où la présidente a annoncé fièrement en AG « Nous avons dépassé la barre des 300 adhésions cette année », tout le monde s’est réjoui. Applaudissements, sourires, fierté légitime. Parce que c’était un signal positif. Parce que cela montrait que l’association était dynamique. Parce que le projet attirait du monde. La joie a été de courte durée. L’année suivante, les chiffres étaient redescendus. Et la barre des 300 n’a plus jamais été atteinte. Il y avait eu un élan d’enthousiasme à la suite d’un événement qui avait attiré beaucoup de monde. Puis le soufflé était retombé. Parce que les chiffres ne font pas tout, surtout quand il y a des femmes et des hommes derrière. Sommaire Le chiffre qu’on annonce et celui qu’on ne regarde pas En AG, on annonce le total. « Cette année, nous avons X adhérent·es. » C’est le chiffre qui rassure, celui qui tient sur un slide, celui que tout le monde comprend. Mais ce chiffre-là n’est qu’un instantané global dans lequel se mélange celles et ceux qui ont rejoint l’asso au cours de l’année et celles et ceux qui étaient déjà là. Il ne dit rien du renouvellement. Combien de personnes présentes l’an dernier sont revenues. 300 adhésions cette année, 250 l’an dernier. En apparence, tout va bien. Mais si 200 des 300 sont nouvelles, cela veut dire que sur les 250 de l’an dernier, seules 100 ont renouvelé. Vous avez attiré 200 personnes et 150 vous ont quitté en silence. 150 personnes sur 250 qui ont choisi de ne pas revenir. Et à qui personne n’a demandé pourquoi. Ce que votre taux de renouvellement raconte Dans mes accompagnements, je constate que la plupart des petites associations ne connaissent pas leur taux de renouvellement. Le total, oui. La répartition, jamais. Pourtant, ce taux est un miroir. Il ne mesure pas une performance. Il raconte quelque chose du projet. Quand il baisse, cela peut dire qu’il y a une inadéquation entre ce que l’association pense apporter et ce que ses membres perçoivent. Que les membres ne voient pas concrètement ce que leur contribution financière a débloqué sur le terrain. Ou que les adhérentes et adhérents n’ont de nouvelles de l’asso que deux fois l’an : pour l’appel de cotisation et pour l’Assemblée Générale annuelle. Quand il reste très haut, année après année, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle non plus. Cela peut signifier que le renouvellement générationnel ne se fait pas. Que les mêmes personnes tiennent tout depuis des années. Que l’entre-soi s’est installé sans que personne ne le nomme. Quand il monte brusquement – comme les 300 adhésions de cette AG – cela peut cacher une bulle. Un événement fort, un élan médiatique, un effet de mobilisation qui ne tiendra pas au-delà de la première année. C’est exactement ce qui s’est passé. Le chiffre seul ne dit rien. C’est le récit qu’on en fait qui éclaire le projet. La question que personne ne pose Qu’est-ce que vous promettez quand vous demandez une cotisation ? La réponse à cette question détermine tout : ce que vous attendez de vos adhérent·es, ce que vous leur proposez, ce qui les fait rester ou partir. Une appartenance ? À quoi, concrètement ? À un groupe ? À des valeurs ? À un projet qui avance ? Une contribution ? À quelle cause avec quelle restitution ? Les gens qui contribuent veulent savoir ce que leur contribution a produit. Un droit ? Le droit de voter, d’être informé·e, de participer aux décisions. C’est le socle juridique de l’adhésion mais cela n’a jamais poussé des gens à verser chaque année une cotisation ! Un service ? Oui pour une entrée gratuite à un événement payant que vous organisez, non pour ce qui pourrait être qualifié d’acte marchand comme “les permanences juridiques sont réservées aux membres de l’association”. Attention à bien cadrer vos actions. Si votre page « adhérer » ne répond pas clairement à cette question, il y a de fortes chances que vos adhérent·es ne sachent pas non plus pourquoi revenir l’année prochaine. Se souvenir parce que c’est cohérent avec ce qu’on est Vous connaissez sans doute cette affirmation : il y a deux personnes au monde qui n’oublient pas votre anniversaire. Votre mère et Yves Rocher. Il est possible que la troisième soit l’association dont vous êtes membre. Sauf qu’Yves Rocher se souvient pour vous vendre quelque chose. Une association se souvient parce que vous êtes le moteur de ses actions. Cette différence – petite à l’écrit, immense au quotidien – pose le cadre de quelques pistes. Pas question ici d’automatiser la relation entre l’association et ses membres. Il s’agit de se souvenir parce que c’est cohérent avec ce qu’on est. Un moment de restitution par an, même bref, qui dit ce que l’association a fait de la confiance reçue. Pas un rapport d’activité de 40 pages. Un message sincère qui raconte ce qui a avancé grâce aux adhésions. Un appel aux personnes qui n’ont pas renouvelé. Pas un mail automatisé. Un vrai appel, même court, pour comprendre. Ce geste-là dit plus sur votre association que n’importe quelle campagne de communication. Une distinction claire entre adhérer et soutenir ponctuellement. Ce sont deux gestes différents. Ils méritent deux propositions différentes. Et fiscalement, la distinction est d’importance. Une relecture annuelle de la page « adhérer » de votre site. Est-elle toujours fidèle à ce que fait votre association ? Si la réponse est non, c’est par là qu’il faut commencer. Et une question toute simple à poser lors de la prochaine réunion de bureau : parmi les personnes qui ne sont pas revenues cette année, lesquelles étaient actives ? Lesquelles étaient aussi bénévoles ? Et avons-nous la moindre idée de pourquoi elles sont parties ? Si personne autour de la table n’a de réponse, c’est en soi une information. Le bulletin de santé de votre projet Le chiffre d’adhésions n’est pas une ligne comptable. C’est un bulletin de santé du projet associatif. Celles et ceux qui reviennent votent avec leur cotisation. Celles et ceux qui … Lire la suite

« Je vais démissionner avant la fin de mon mandat »

Un personnage féminin assis contemple une pile de dossier pendant qu'un autre personnage s'interroge. Image générée par IA

« Je vais démissionner avant la fin de mon mandat. » Un jour, une présidente d’association est entrée dans mon bureau, s’est assise et a prononcé cette phrase. Elle avait été élue quelques mois plus tôt, à la suite du décès de la fondatrice. Une succession à la présidence associative que personne n’avait anticipée. Un rôle qu’elle avait accepté parce qu’il fallait bien que quelqu’un le prenne. Sommaire Ce dont elle avait hérité sans le savoir Ce qu’elle ne savait pas en acceptant ce mandat, c’est qu’elle n’héritait pas seulement d’un titre. Elle héritait d’un système entier, construit pendant des années autour d’une seule personne. La fondatrice portait la vision, les partenariats, les arbitrages du quotidien. Le conseil d’administration avait pris l’habitude d’approuver ses orientations. Les autres membres du bureau assuraient des fonctions opérationnelles – la trésorerie, le secrétariat – sans participer aux décisions stratégiques. Pendant la maladie de la fondatrice, l’équipe salariée avait appris à fonctionner en autonomie pour assurer la continuité de l’activité. La nouvelle présidente a trouvé en arrivant un CA qui ne savait pas proposer, un bureau qui n’avait jamais eu à trancher, une équipe qui avait appris à avancer sans gouvernance et le souvenir omniprésent de celle qui avait tout fondé. Personne ne l’a accompagnée. Personne ne lui a dit : voici ce que tu vas trouver, voici ce qui sera difficile, voici sur qui tu peux t’appuyer. Ce qui s’est passé ensuite Elle a tenu quelques mois. Puis elle a cessé de répondre aux mails de l’équipe. Elle a cessé de venir au local. Elle ne s’est pas représentée à la fin de son mandat. L’association a continué. Sans présidente. Sans gouvernance. L’équipe salariée a assuré le fonctionnement, comme elle avait appris à le faire pendant la maladie. Le système avait absorbé une deuxième absence. C’est peut-être le signal le plus préoccupant de cette histoire. La succession à la présidence associative, un angle mort Cette histoire peut sembler exceptionnelle. Elle ne l’est pas tant que ça. Il n’est pas nécessaire qu’une fondatrice décède pour que le même schéma de succession à la présidence associative se produise. Il suffit qu’une seule personne porte tout, assez longtemps, pour que le reste de la gouvernance désapprenne à fonctionner. La présidente qui cumule depuis huit ans sans que personne ne prenne le relais et que personne n’ose contredire. Le trésorier qui est le seul à comprendre les comptes et qui refait la saisie à chaque changement de logiciel. La secrétaire générale qui rédige les dossiers de subvention parce que « c’est plus simple si c’est moi qui le fais ». Dans chacun de ces cas, l’association n’a pas une gouvernance collective. Elle a une personne-pivot. Et le jour où cette personne s’épuise, déménage, tombe malade ou décide simplement d’arrêter, l’association découvre qu’elle ne sait pas fonctionner sans elle. Selon les données de La France bénévole 2025 (Recherches et Solidarités), 48 % des présidentes et présidents d’associations sont des personnes retraitées. Le renouvellement est un défi identifié depuis longtemps. Ce qu’on prépare rarement, ce n’est pas l’élection de la personne suivante. C’est ce qu’elle va trouver en arrivant. Ce que personne ne pose sur la table Quand on prend la présidence dans ces conditions, on découvre des charges que personne ne nomme. Décider sans interlocuteur C’est une chose de trancher entre deux options construites collectivement. C’en est une autre de prendre des décisions dans un silence qui ne signifie pas accord mais habitude. Quand un CA n’a été pendant des années qu’une coquille vide, le ou la nouvelle présidente se retrouve face à un paradoxe : elle est censée consulter un collectif qui n’a jamais appris à être consulté. Exister après quelqu’un qui a tout construit La fondatrice n’a pas seulement créé l’association. Elle l’a incarnée. Chaque décision de la nouvelle présidente sera comparée, même silencieusement, à ce qu’aurait fait la précédente. Pas par malveillance mais parce que c’est un réflexe humain. Sauf que c’est un poids que personne ne mesure au moment de l’élection. Trouver sa place dans un système qui fonctionne déjà sans toi L’équipe salariée n’est pas hostile. Elle s’est adaptée. Elle a trouvé ses repères, ses circuits, son autonomie. L’arrivée d’une nouvelle présidence est, pour elle, un événement statutaire. Enfin quelqu’un pour signer ! La question n’est pas « est-ce que l’équipe va coopérer ». C’est : est-ce que quelqu’un va aider la nouvelle présidente à trouver sa place dans un système qui fonctionne déjà ? Et il y a une dernière charge, peut-être la plus silencieuse : vouloir lever le pied sans oser le dire. Parce que demander de l’aide, quand on a accepté la responsabilité, ressemble à un aveu d’échec. Préparer la succession à la présidence associative On ne refait pas le passé. Mais on peut éviter que la prochaine prise de fonction ressemble à un saut sans parachute. Préparer la passation avant l’élection Pas un dossier de 50 pages. Une conversation honnête. Où en est l’association dans les faits, pas sur le papier ? Comment fonctionne réellement le CA ? Quels sont les sujets qui coincent ? Qui fait quoi, y compris de manière informelle ? Ce diagnostic n’a pas besoin d’être un audit formel. Il a besoin d’être sincère et transparent. Apprendre à gouverner à plusieurs C’est le chantier de fond. Un CA habitué à valider ne devient pas un collectif de réflexion du jour au lendemain. Mais ça commence par des gestes simples : demander un avis avant de présenter une décision. Confier un sujet à un binôme d’administratrices et administrateurs. Accepter la contradiction comme un signe de vitalité, pas comme un problème à éteindre. Rompre la solitude de la fonction La présidence associative est un rôle qu’on exerce souvent seul, pas par choix mais par défaut. Des dispositifs existent : les Dispositifs locaux d’accompagnement (DLA), le Mouvement Associatif, certaines fédérations sectorielles proposent des espaces d’échange entre dirigeantes et dirigeants. Y participer, c’est reconnaître que la gouvernance est un exercice difficile qui s’apprend et se partage. Poser les bonnes questions au bureau Pas « Comment ça … Lire la suite