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Vous avez changé de réseau social. Combien de personnes avez-vous perdues sans le savoir ?

Vous avez changé de réseau social. Combien de personnes avez-vous perdues sans le savoir ? - Un personnage féminin aux cheveux violets tient d'un côté un smartphone avec un réseau social très actif et de l'autre, sur un écran, une page de réseau social qui disparaît. Image générée par IA

Changer de réseau social, c’est une décision que beaucoup d’associations prennent un jour. Nouvelle page Instagram, passage au tout numérique, abandon du courrier papier. L’intention est souvent bonne. Le résultat, parfois, beaucoup moins. Une association que je suivais depuis des années sur Facebook a migré vers Instagram. Du jour au lendemain, plus rien dans mon fil. Je ne suis pas allée la chercher sur d’autres réseaux. En fait, j’ai découvert plus tard qu’elle avait choisi Instagram. Un réseau que je trouve trop chronophage et que je ne fréquente que de loin en loin. Résultat : cette association a disparu de mes radars. Je n’ai pas cessé de la suivre. Elle a cessé de s’adresser à moi. Et à combien d’autres comme moi ? Sommaire Quand changer de réseau social fait oublier l’ancien canal Quand une association lance une nouvelle page Instagram, elle regarde les abonnés monter. 50, 100, 200. C’est encourageant, c’est visible, c’est motivant. Mais qui regarde la page Facebook qu’on a cessé d’alimenter ? Les 500 abonnés sont toujours là, en apparence. Personne ne se désabonne – c’est trop laborieux, on n’y pense pas, on garde vaguement le lien « au cas où ». Sauf que les algorithmes, eux, ont compris : une page inactive, c’est une page qu’on enterre. Les publications sporadiques ne s’affichent plus. La page devient un fantôme. L’association croit avoir conservé son audience historique. En réalité, elle l’a rendue invisible. Pire que de la perdre : une illusion de présence. Un choix stratégique déguisé en décision technique Changer de réseau social, c’est rarement une mauvaise idée en soi. Les usages évoluent, les publics se déplacent, les outils changent. Et les effets de mode font le reste : « Facebook est mort », « si on veut exister, il nous faut TikTok », « telle association a recruté des bénévoles grâce à Instagram ». La directrice veut rajeunir l’image de l’association, elle confie la création d’une page Instagram à une bénévole motivée. L’énergie se concentre sur le nouveau canal. L’ancien s’éteint en silence. Le problème apparaît quand cette migration se fait sans se poser la question de celles et ceux qu’on laisse derrière. Dans l’association que je suivais, la publication croisée Instagram vers Facebook était possible en cochant une simple case dans les paramètres. Une case. Pas de temps supplémentaire, pas de contenu à adapter, pas de charge de travail en plus. Mais personne ne l’a cochée. Probablement parce que personne ne s’est demandé : « Qui est encore sur Facebook et n’ira jamais sur Instagram ? » Parce qu’il n’y a pas eu de réflexion stratégique sur l’ensemble de la communication. On n’ouvre pas un nouveau canal au détriment de l’audience acquise sur d’autres canaux. On ajoute, on ne remplace pas. Parce que la communication n’est pas la cinquième roue du carrosse. La recherche de fonds, les partenariats, le recrutement de bénévoles passent aussi par la crédibilité que vous dégagez en ligne. Un site sans actualités et des réseaux sociaux sans publications envoient un signal clair à l’extérieur : association inactive, voire coquille vide. Au-delà des réseaux sociaux : chaque canal de communication compte Ce réflexe manquant se retrouve dans bien d’autres décisions de communication : Une association qui arrête sa newsletter papier pour passer au tout numérique. Les adhérentes et adhérents qui recevaient le courrier depuis dix ans perdent le fil des activités. Pas parce qu’ils et elles ne savent pas utiliser un ordinateur. Mais parce que l’email n’est pas leur canal, que le courrier faisait partie de leur routine et que personne ne leur a demandé leur avis. Ils et elles ne se plaignent qu’une fois ou deux puis arrêtent de se plaindre. Le rendez-vous est perdu. Une structure qui choisit les formulaires en ligne pour remplacer l’assistante qui est partie. Plus pratique pour l’équipe, plus simple à gérer. Mais les bénéficiaires les moins connectées n’appellent plus l’assistante qui enregistrait pour eux et elles à distance leur présence. Pas de formulaire rempli = moins de présence. Le lien s’effiloche. Un bureau qui crée un groupe WhatsApp pour le conseil d’administration pour remplacer les SMS. Les échanges sont plus fluides, les décisions plus rapides. Sauf pour les deux administratrices qui n’utilisent pas WhatsApp et découvrent les décisions après coup. À chaque fois, le même schéma : on modernise un canal sans cartographier qui utilise l’ancien. Et les personnes perdues en route sont vraiment perdues pour l’association. Les sympathisantes et sympathisants : un public fragile face aux changements de canal Il y a un public particulièrement vulnérable à ces changements silencieux : les sympathisantes et sympathisants. Ni adhérentes, ni bénévoles, ni donatrices. Juste des personnes qui suivent de loin, qui lisent de temps en temps, qui parlent de vous autour d’elles. Ce sont les personnes les plus faciles à perdre parce qu’elles n’ont aucune raison de faire l’effort de vous retrouver. Elles ne viendront pas chercher votre nouveau compte Instagram. Elles ne penseront pas à taper votre nom dans un moteur de recherche. Si vous disparaissez de leur fil, vous disparaissez tout court. Or ce vivier est précieux. C’est de là que viennent les futures adhésions, les futurs dons, le futur bouche-à-oreille. Le perdre ne se voit dans aucun tableau de bord mais ça se paie à moyen terme. Trois questions avant de changer de réseau social Avant de migrer, d’ajouter ou d’abandonner un canal de communication, prenez cinq minutes pour répondre à trois questions : 1. Qui utilise le canal actuel ? Pas combien de personnes – qui. Quel profil, quel âge, quel usage. Les bénévoles actifs et actives ? Les adhérentes de longue date ? Les sympathisantes qui vous suivent de loin ? Les partenaires institutionnels ? 2. Parmi ces personnes, lesquelles ne vous suivront pas sur le nouveau canal ? Soyez réalistes. Les adhérentes et adhérents fidèles à votre newsletter papier ne vont pas tous basculer sur l’email du jour au lendemain. Les sympathisantes sur Facebook ne vont pas toutes ouvrir Instagram. Les bénéficiaires qui appellent ne vont pas tous remplir un … Lire la suite

LinkedIn en association : la page pro ne suffit pas

LibkedIn pour les associations : la page ne suffit pas. Un personnage féminin aux cheveux violets devant un écran géant avec une page LinkedIn et à la main un portable. Image générée par IA

En avril 2024, j’ai publié un article intitulé Comment être visible sur Internet — Ep. 1 : la page Pro LinkedIn. J’y défendais une idée simple : LinkedIn est un moteur de recherche, l’ESS y a toute sa place et créer une page professionnelle pour votre association est un socle de crédibilité incontournable. Deux ans plus tard, ma vision a évolué. Pas sur le fond. Sur ce qui fait vraiment la différence. Sommaire Ce qui tient toujours Tout ce que j’écrivais en 2024 reste vrai. LinkedIn fonctionne comme un moteur de recherche : quand quelqu’un tape le nom de votre association, votre page pro apparaît. Elle pose un cadre, une identité, un premier contact professionnel. L’ESS y est légitime – vos bénévoles, vos partenaires, vos anciens adhérents sont déjà sur la plateforme. Et la page pro reste un socle utile. Mais un socle, par définition, ne bouge pas. Ce que mes stats m’ont appris (et qui ne m’a pas vraiment fait exulter de joie) Depuis dix-huit mois, je publie chaque semaine cinq fois par semaine sur LinkedIn. C’est un rythme soutenu et j’ai accumulé assez de données pour que les chiffres racontent quelque chose. Voici ce qu’ils racontent. Mes posts d’expertise associative – ceux où je partage une méthode, un outil, un conseil concret de structuration – plafonnent. Régulièrement. Autour de 200 à 260 impressions. Ce ne sont pas de mauvais posts. Ils sont utiles, documentés, travaillés. Mais LinkedIn ne les pousse pas. En face, mes posts incarnés racontent une autre histoire. Le retour de conférence sur les femmes et l’IA : 10 547 impressions. La Nuit des Relais pour les femmes victimes de violences : plus de 600. Les posts où je prends position, où je raconte ce que j’ai vu, entendu, ressenti – ceux-là dépassent systématiquement les 400 impressions et parfois beaucoup plus. Le contraste le plus cruel ? Un post d’expertise sur la cooptation en conseil d’administration : 263 impressions. Un sujet pourtant central dans la vie associative. Quarante fois moins que le post sur la conférence d’Isabelle Collet. Quarante fois. Ce n’est pas un problème de qualité. C’est un problème de terrain. LinkedIn n’est pas un canal d’expertise associative. C’est un canal d’incarnation de causes. Et ça, je ne l’avais pas écrit en 2024. Ce que ça change pour la page LinkedIn de votre association Si votre page associative publie quatre fois par an un bilan d’activité, un appel à bénévoles et un visuel pour la journée mondiale de quelque chose, elle reste invisible. Pas parce que vous faites mal. Parce que ce type de contenu ne déclenche rien dans l’algorithme de LinkedIn. Pas d’émotion, pas de partage, pas de commentaire, pas de diffusion. La page est une vitrine. Elle existe, elle est propre, elle dit qui vous êtes. Mais personne ne s’arrête devant une vitrine éteinte. Ce qui attire, c’est la voix. Une personne qui parle depuis son expérience, qui défend une conviction, qui raconte un moment vécu. C’est cette voix humaine incarnée qui porte la visibilité d’une cause associative sur LinkedIn. La page est un socle. La voix est un moteur. La vraie question : qui porte la voix de votre asso ? Et c’est là que ça se complique. Parce que la question n’est plus technique. Elle est politique, au sens de la gouvernance. Qui, dans votre association, est autorisé à prendre la parole publiquement ? La directrice ? Le président ? Une bénévole particulièrement investie ? Et quand cette personne publie sur LinkedIn à titre personnel, parle-t-elle au nom de l’association ou en son nom propre ? Que fait-on quand une administratrice porte publiquement une conviction qui n’engage qu’elle, mais que tout le monde associe à votre structure ? Ces questions sont rarement posées dans les associations. Elles sont encore plus rarement tranchées. Et pourtant, c’est exactement le point de bascule entre une association invisible sur LinkedIn et une association qui existe dans le débat. La réponse n’est pas une charte de communication de quinze pages. C’est un cadre léger – trois phrases suffisent parfois – qui dit : voilà les sujets qui engagent l’association, voilà ceux qui relèvent de la parole personnelle. Et ce cadre libère au lieu de contrôler. Quelques pistes, si votre association se décide pour LinkedIn Je ne vais pas vous donner une checklist. Vous en trouverez cinquante sur Google et elles se ressemblent toutes. Ce que je peux partager, c’est ce que j’observe sur le terrain. Identifiez une ou deux personnes ressources Pas toute l’équipe. Pas un planning de publication collectif. Une ou deux personnes dans votre écosystème – salariées, bénévoles, administratrices – qui ont envie de s’exprimer et qui sont à l’aise avec l’exercice. Autorisez-les explicitement Le plus grand frein à la prise de parole dans les associations, ce n’est pas le manque d’idées. C’est la peur de mal faire, de ne pas être légitime, de dire quelque chose qui dépasse le mandat. Une autorisation claire lève cette inhibition. Laissez-leur les coudées franches et ne demandez pas à relire avant publication ! Posez le périmètre, pas le ton Vous ne contrôlerez jamais la façon dont quelqu’un s’exprime. Et c’est tant mieux – c’est justement l’authenticité qui porte. En revanche, vous pouvez distinguer ce qui relève de l’engagement collectif et ce qui reste personnel. Acceptez que ce ne soit pas parfait Un post authentique avec une coquille et une photo floue aura toujours plus d’impact qu’un visuel propre sur lui et un texte relu six fois par trois personnes différentes… et publié trois mois trop tard. Et si personne ne veut prendre la parole ? Alors LinkedIn n’est peut-être pas votre canal. Et ce n’est pas grave. Toutes les associations n’ont pas besoin d’être visibles sur LinkedIn. Si votre communauté est ailleurs – sur le terrain, dans les quartiers, sur WhatsApp, dans d’autres réseaux sociaux ou locaux – c’est là que votre énergie doit aller. Pas dans un canal qui ne correspond ni à vos publics ni à vos ressources. Et ni à votre envie. Le … Lire la suite