Raconter votre association en 10 phrases : un exercice d’été
« Et concrètement, que fait votre asso ? » C’est la question que toute personne bénévole fraîchement arrivée dans une association redoute le plus le jour du forum associatif – ou de tout autre événement avec du public. On a beau connaître un peu l’historique, savoir les activités phares mais parfois il manque la vue d’ensemble. Alors on raconte. On parle de la fondation de l’association. De la raison initiale. Puis des bifurcations au fil du temps. Puis d’une nouvelle action. Puis des partenaires qui soutiennent l’association. Plus on en dit, plus on a l’impression de se noyer. Et plus on sent que la personne en face ne comprend toujours pas ce que fait l’association. Et si vous profitiez de l’été pour travailler un peu cette présentation ? Voici un exercice à faire : résumer une action de l’année en 10 phrases. Pas en un diaporama de 10 pages. Dix phrases pour poser clairement le cadre. Sommaire Pourquoi c’est si difficile d’expliquer ce que fait l’asso Parce que vous la connaissez de l’intérieur ! Donc, tout est évident. Tout coule de source. Pour vous. Pas pour les personnes qui découvrent votre structure. La tentation de l’exhaustivité, le risque du vocabulaire Devant une question simple, la tentation est grande de tout dire, surtout si votre association existe depuis longtemps. Ou de ne dire qu’une partie, celle de l’action qui mobilise le plus en ce moment avec son nom, son contenu, les bénévoles qui la font vivre, les partenaires qui la soutiennent. Et au passage en oubliant de nommer les bénéficiaires… Ou alors d’expliquer avec des mots très adaptés en interne mais totalement abscons pour les non-initié·es. Le jargon marketing ne rend pas une action plus pertinente. Autant expliquer avec des mots simples pour que le message soit non seulement compréhensible mais surtout compris. Comprendre d’où vient le problème Le problème n’est pas un manque de connaissances. Vous savez ce que fait l’asso parce qu’on vous a donné une présentation avec tout son historique et avec toutes ses activités passées et en cours et avec toutes les personnes impliquées… Ce qui vous manque, c’est la synthèse. Ce qu’on appelle le “pitch” : une présentation brève et convaincante. L’exercice n’est pas évident quand on ne l’a jamais pratiqué. Raconter une histoire en quelques phrases s’apprend. Resserrer le récit pour qu’il marque les esprits. Alors comment passer d’une présentation écrite pour un dossier de subvention à une narration qui embarque ? L’exercice des 10 phrases Choisissez une action marquante de l’année, celle qui vous vient spontanément en tête. Racontez-la en exactement 10 phrases, réparties en trois temps. 3 phrases pour le contexte Quel besoin, pour quel public, à quel moment. Rien de plus. Pas l’historique du dispositif, juste le point de départ. 4 phrases pour ce qui s’est passé vraiment Ce que vous avez fait, concrètement. Qui était impliqué, quelles étapes, ce qui a demandé un effort particulier. Le cœur de l’histoire. 3 phrases pour ce que ça a changé Ce qui est différent, pour qui, depuis. Pas besoin d’un chiffre certifié : une observation honnête suffit largement. Astuce Pour vous entraîner sans stress, prenez un exemple fictif au hasard, un accueil de jour pour des personnes âgées en situation d’isolement social. Contexte : trois phrases sur le repérage du besoin, le public visé, la période de lancement. Déroulé : quatre phrases sur l’organisation des permanences, l’implication de deux bénévoles, l’aménagement du local, un imprévu géré. Impact : trois phrases sur la fréquentation régulière, un témoignage de participant·e, une suite envisagée. Le principe : dix phrases, un fil clair. Le résultat, une fois rédigé « En 2023, le tiers-lieu qui accueillait les personnes âgées isolées du quartier a fermé ses portes. La mairie nous demande d’animer un espace de convivialité pour les accueillir de nouveau. Le projet démarre en janvier, dans une salle prêtée par la mairie deux après-midis par semaine. Nous aménageons la salle avec des jeux de société, une bibliothèque de prêt et un coin lecture. Deux bénévoles se relaient pour ouvrir les permanences et accueillir les participant·es autour d’un café. Trois mois après l’ouverture, une fuite d’eau nous oblige à changer de salle en urgence. Une autre association du quartier nous prête ses locaux le temps des travaux, sans interruption des permanences. Aujourd’hui, une quinzaine de personnes viennent régulièrement, certaines chaque semaine depuis le début. “Je ne savais même plus à quoi ressemblait une conversation avant de venir ici”, nous confie une participante. Face à cette demande, nous envisageons d’ouvrir une troisième permanence hebdomadaire dès septembre et nous cherchons des bénévoles. » Seul·e, en duo ou en jeu collectif ? L’exercice fonctionne seul mais il gagne beaucoup à être fait à deux ou trois. Ce qui vous semble une évidence après des mois sur le terrain ne l’est pas forcément pour qui écoute et c’est justement cette personne qui repère où l’histoire perd son fil. Dans l’idéal, la personne qui a vécu l’action de près (salarié·e, bénévole impliqué·e) raconte à voix haute, une deuxième note et pose des questions “bêtes” (« et concrètement, ça veut dire quoi ? ») chaque fois qu’un sigle est utilisé ou qu’une évidence est avancée. A partir de là, une première version est posée. Le but est de la relire pour faire tenir dans les 10 phrases. En évitant au maximum les phrases avec des subordonnées à n’en plus finir… Vous pouvez même en faire un petit jeu, façon cadavre exquis version associative : une personne pose les trois phrases du contexte, une autre ajoute les quatre phrases sur le déroulé, une troisième conclut avec l’impact. Le résultat est bancal ? C’est normal : il sert de base brute. On affine, on allège, on valide. Pour la validation, gardez en tête que ce texte n’a pas vocation à être gravé dans le marbre. Une fois le récit validé, le groupe présente le texte à des personnes extérieures. Le test est réussi quand les personnes qui ont écouté reformulent avec leurs propres mots et que cela … Lire la suite