Crowdfunding associatif : comment fixer un objectif de collecte réaliste ?
Le crowdfunding, ou financement participatif, consiste à mobiliser un grand nombre de personnes, généralement par l’intermédiaire d’une plateforme en ligne, pour financer tout ou partie d’un projet pendant une période déterminée. Dans le secteur associatif, il prend le plus souvent la forme de dons, avec ou sans contrepartie. Sur le papier, le principe paraît simple : présenter un projet, choisir un montant, mobiliser sa communauté et attendre que les contributions s’additionnent. Dans les associations, l’idée apparaît souvent lorsqu’un projet reste partiellement financé. Une subvention manque, un nouvel équipement devient nécessaire ou une action ne peut pas démarrer sans ressources complémentaires. Le crowdfunding offre alors une perspective séduisante : réunir l’argent nécessaire tout en faisant connaître le projet. Mais entre le montant dont l’association a besoin et celui que sa communauté peut réellement réunir, l’écart peut être important. Sommaire Le montant nécessaire n’est pas encore un objectif de collecte Un objectif de collecte ne se fixe pas uniquement en complétant un budget. Il doit aussi tenir compte du nombre de personnes susceptibles de contribuer, de leur proximité avec l’association, du montant qu’elles pourraient engager et de la capacité de l’équipe à les mobiliser. Prenons un exemple. Votre association compte 500 personnes abonnées à sa page Facebook. Elle souhaite collecter 10 000 euros pour financer un nouveau projet. À première vue, l’objectif peut sembler atteignable. Pourtant, un calcul très simple invite à la prudence : avec une contribution moyenne de 20 euros, il faut réunir 500 contributions ; avec une contribution moyenne de 15 euros, il en faut 667. Autrement dit, la campagne devrait convertir l’équivalent de 100 % à 133 % de l’audience affichée sur Facebook. Même en ramenant l’objectif à 5 000 euros, il faudrait encore obtenir entre 250 et 334 contributions, soit l’équivalent de 50 % à 67 % de cette audience. Ces chiffres ne prédisent pas le résultat de la campagne. Ils révèlent simplement une confusion fréquente : une audience n’est pas une communauté prête à contribuer. Avant de choisir une plateforme, de tourner une vidéo ou d’écrire une série de publications, il faut donc vérifier si le montant recherché est cohérent avec le projet et avec les personnes réellement mobilisables. L’idée à retenir Un objectif de crowdfunding ne se fixe pas uniquement à partir du besoin financier. Il se construit en confrontant quatre éléments : la partie du projet à financer, le nombre de contributions nécessaires, la communauté réellement mobilisable et les autres ressources disponibles. Le crowdfunding finance un projet, pas un déficit structurel Le besoin d’argent peut être le point de départ de la réflexion. Il ne suffit cependant pas à créer une campagne mobilisatrice. Dire « nous avons besoin de 10 000 euros pour équilibrer notre budget » explique la situation de l’association. Cela ne permet pas forcément aux personnes sollicitées de comprendre ce que leur contribution rendra possible. Une campagne de financement participatif fonctionne sur une période délimitée et autour d’un projet identifiable. Elle doit permettre de répondre simplement à plusieurs questions : Que voulons-nous réaliser ? Pour qui ? À quoi servira concrètement l’argent collecté ? Quel résultat deviendra possible grâce aux contributions ? Que se passera-t-il si l’objectif n’est atteint qu’en partie ? Il peut s’agir, par exemple, de financer un équipement, une publication, une tournée, un événement, l’aménagement d’un lieu ou une étape précise d’un programme. Si l’association rencontre chaque année le même déficit de fonctionnement, une campagne ponctuelle ne réglera pas la difficulté de fond. Il faut alors travailler plus largement sur le modèle économique, les dépenses, les financements récurrents et la stratégie de développement. Le crowdfunding peut apporter une ressource complémentaire. Il ne doit pas masquer un déséquilibre structurel. La campagne peut financer seulement une partie du projet Une autre erreur consiste à confier au crowdfunding la totalité du financement nécessaire. Or une campagne peut très bien couvrir une partie précise et compréhensible d’un projet plus large. Imaginons un projet dont le budget total s’élève à 30 000 euros : Ressource envisagée Montant Subvention publique 15 000 € Fondation d’entreprise 8 000 € Autofinancement de l’association 2 000 € Financement participatif 5 000 € Total 30 000 € Dans cet exemple, la campagne ne porte pas le projet à elle seule. Elle finance une composante identifiable : le matériel, une série d’ateliers, les frais de déplacement ou une production particulière. Ce cadrage présente trois avantages : Le montant demandé devient plus crédible. Les personnes comprennent mieux l’utilité de leur contribution. L’association réduit sa dépendance au résultat d’un seul canal de financement. Il faut également raisonner en montant net. Selon le dispositif retenu, la collecte peut entraîner des commissions, des frais de paiement, des coûts de fabrication ou d’envoi des contreparties et des dépenses de communication. L’objectif affiché doit donc être vérifié à partir de ce qui restera réellement disponible pour le projet. Une audience n’est pas une communauté mobilisable Le nombre d’abonnements sur les réseaux sociaux est visible. C’est précisément pour cette raison qu’il peut prendre une place excessive dans les prévisions. Parmi les 500 personnes qui suivent une page, certaines ne verront jamais la campagne. D’autres connaissent peu l’association. Certaines vivent loin, ne sont plus actives ou suivent simplement le sujet par intérêt. Une partie des comptes peut aussi être inactive. À l’inverse, des personnes très mobilisables ne suivent pas forcément l’association sur les réseaux sociaux. Pour estimer votre communauté, observez plutôt plusieurs cercles : les membres et les adhérent·es ; les bénévoles actuel·les et ancien·nes ; les donatrices et donateurs ; les bénéficiaires et leurs proches, lorsque leur sollicitation est pertinente ; les partenaires ; les personnes ayant déjà participé à vos événements ; les contacts inscrits à votre lettre d’information ; les réseaux personnels des personnes réellement prêtes à relayer la campagne. L’enjeu n’est pas d’additionner tous les fichiers. Il faut mesurer la qualité de la relation : ces personnes connaissent-elles l’association ? Ont-elles récemment ouvert un message, participé à une action, fait un don ou échangé avec l’équipe ? Sont-elles joignables et susceptibles de … Lire la suite